La crise grecque en six questions

 

1) Quel est le problème de la Grèce ?

La Grèce a vécu trop longtemps au-dessus de ses moyens sur des chiffres falsifiés, volontairement ou par négligence. Alors que l’ancien gouvernement annonçait un déficit public de 6% du PIB, Georges Papandréou, à peine arrivé au pouvoir en octobre 2009, découvrait un déficit de 12,9% et une dette publique à 115% du PIB, alors que la limite fixée par Bruxelles est de 3%. La zone euro tombe des nues. Fraude fiscale généralisée – l’économie souterraine dépasse 20% du PIB -, dépenses publiques pléthoriques, poids des fonctionnaires : des mesures d’urgence s’imposent. Athènes propose un plan d’austérité drastique : réduction des dépenses de l’État et des dépenses de santé, gel des salaires et des primes des fonctionnaires, recul de l’âge de la retraite. La Grèce promet de ramener de cette manière son déficit public à 8,7% du PIB fin 2010, mais ne convainc pas. Criblée de dettes, elle devra emprunter 53 milliards d’euros cette année si elle veut s’en sortir. Si l’Europe ne l’aide pas, c’est la faillite, un scénario catastrophe dont personne ne veut parce qu’il risque de faire boule de neige. Mais la Grèce doit aussi éviter à tout prix l’explosion sociale qui gronde chez elle.

 

2) Pourquoi tant de réticences en Allemagne ?

L’intransigeance d’Angela Merkel s’explique par les lourds efforts économiques consentis par les Allemands depuis la réunification. La pression de l’opinion, qui refuse de payer pour les pays de «Club Med», a pesé lourd dans le sauvetage grec. La chancelière doit aussi composer avec un paysage politique difficile, son partenaire libéral étant vent debout contre l’idée d’un renflouement. Son ministre des Finances, Wolfgang Schaüble, est également un tenant de la ligne dure face à la Grèce. Le calendrier électoral incite à ne rien lâcher, puisque des élections régionales à haut risque se profilent le 9 mai en Rhénanie du Nord-Westphalie, qui pourraient faire passer à gauche le Bundesrat, la Chambre haute. Enfin Angela Merkel sait que les défenseurs de l’orthodoxie n’attendent qu’un faux pas pour introduire une plainte devant la Cour constitutionnelle. Lors du lancement de l’euro, celle-ci avait donné son feu vert à l’abandon du Deutschemark en échange d’une lecture très stricte du traité de Maastricht, notamment de la clause interdisant le sauvetage des pays endettés de la zone euro. Certes, on peut invoquer une «catastrophe» pour contourner les textes ; mais pour Berlin, les conditions ne sont pas actuellement remplies.

 

3) Qui sont les premiers créanciers d’Athènes ?

La Grèce serait-elle «too big to fail», bien trop importante financièrement pour qu’on la laisse se déclarer en défaut de paiement? Au total la dette publique émise par Athènes représente 288 milliards de dollars. Ce chiffre émane de la banque de données gérée en commun par la Banque mondiale, le FMI, la BRI et l’OCDE, dont l’unité de compte est le dollar. Le papier a été souscrit à 95,6% par des non-résidents – un record -, comme si les Grecs n’avaient pas confiance dans leur propre dette! Seconde caractéristique mise en exergue par les experts de Natixis, la France est le premier créancier, avec une part globale de 16,5%, assez loin devant l’Allemagne (9,5%). Au total les investisseurs français en détiennent 54,6 milliards de dollars, dont 20,2 milliards pour les banques et 25,1 milliards dans les mains des compagnies d’assurances et autres fonds privés. Les banques allemandes sont relativement plus engagées (23, 5 milliards de dollars), mais pas les autres fonds germaniques. Les investisseurs institutionnels français ont été attirés par la rémunération avantageuse du papier grec. Et ils ont considéré qu’Athènes ne pouvait faire faillite en tant que membre de l’Union monétaire européenne. Bien vu?

 

4) D’autres pays européens sont-ils menacés ?

Les marchés ont quatre pays de la zone euro dans le collimateur : la Grèce, le Portugal, l’Espagne et l’Irlande. Ils sont réunis sous l’acronyme «PIGS», inventé par les traders et popularisé par le Financial Times. Avec la crise, l’Italie a laissé sa place à l’Irlande. Leurs points communs ? Un niveau d’endettement public très élevé (entre 75 et plus de 100%) et des déficits courants – notamment commerciaux – supérieurs à 8% du PIB. L’Espagne, le Portugal et l’Irlande ont basé leur croissance sur l’immobilier, secteur qui s’est effondré avec la crise financière. Privé de source de croissance, donc recettes, et plombés par le chômage, les PIGS voient leurs dettes et leurs déficits s’envoler depuis la crise. Guettés par les marchés, ils s’efforcent de réduire leurs déficits. Ils baissent les salaires, relèvent les impôts et l’âge de la retraite. Avec un risque majeur : que les plans d’austérité trop brutaux ne les plongent en récession. L’Irlande a été la première à se serrer la ceinture, ce qui l’éloigne des foudres des agences de notation. Les efforts du Portugal sont jugés moins crédibles que ceux de l’Espagne. L’Italie est préservée par les marchés. À 5% en 2010, son déficit public reste ­inférieur à celui de l’Allemagne.

 

5) Quel impact sur l’euro ?

Le 25 novembre 2009, au moment où les marchés ont commencé à paniquer sur la dette grecque, la monnaie unique s’échangeait contre 1,51 dollar, proche de ses records. Hier, elle n’en valait plus que 1,33, soit une chute de près de 13% en quatre mois. Durant cette période, la devise européenne n’a cessé de monter ou descendre au gré des nouvelles entourant une aide des États à la Grèce. Clairement, les deux sujets sont liés et les fonds spéculatifs américains sont des coupables tout désignés. Le département de la Justice américaine a lancé, début mars, une enquête auprès des grands hedge funds de Wall Street pour vérifier qu’ils n’ont pas agi de concert contre l’euro, pariant ensemble sur sa baisse.

 

6) La zone euro peut-elle exploser ?

En théorie oui, en pratique non ! L’accord franco-allemand validé, hier, par l’Eurogroupe rend impossible toute faillite d’un État membre de la zone euro. Il n’y a donc plus aucune raison de craindre qu’un État membre quitte l’Euroland parce qu’il ne pourrait plus refinancer sa dette. L’autre hypothèse parfois évoquée, celle de l’Allemagne quittant la zone euro par dépit est tout aussi improbable, mais pour une autre raison : le mark monterait tellement comparé à l’euro qu’il effacerait dix ans d’effort de compétitivité. Reste l’hypothèse d’une sortie de la zone euro par décision politique. L’article 50 du traité de Lisbonne stipule qu’un État peut être amené, en cas de dérapage grave, à quitter l’Union européenne. «C’est un article en souvenir de Jörg Haider!» rappelle un négociateur. Il s’appliquerait en cas d’atteinte aux principes démoc­ratiques européens. Mais Angela ­Merkel souhaite l’élargir au dérapage économique. Autrement dit : un État membre qui ne respecterait pas la discipline budgétaire pourrait être poussé hors de la zone euro. Pour pouvoir prendre cette sanction, faut-il modifier les traités ou trouver un autre instrument juridique? La question, évoquée hier au sommet, reste encore en suspens.


Source : Le Figaro

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