Inflation contre déflation, qui va gagner ?

Si l’inflation fait de plus en plus parler d’elle, c’est surtout la déflation qui menace le plus nos économies.

L’idée d’un possible retour de l’inflation gagne chaque jour du terrain. Les derniers chiffres sur le coût de la vie en France  publié par l’Insee ne font que renforcer cette croyance. En mars, la hausse des prix de détail s’est hissée à 1,6% sur un an, son plus haut niveau depuis novembre 2008.  L’idée d’une résurgence de l’inflation est d’autant plus séduisante que  face à l’ampleur des dettes des Etats, les programmes de rétablissement des finances publiques présentés ici et là et notamment en Europe manquent singulièrement de clarté.

Vive l’inflation, elle effacera l’ardoise ! Les partisans d’un tel scénario ne manquent pas d’arguments: la croissance mondiale repart, les matières premières agricoles, industrielles ou énergétiques flambent à nouveau et les banques centrales maintiennent des politiques monétaires extrêmement accommodantes, inondant la planète de liquidités à très bon marché au risque de nourrir de nouvelles bulles financières.

Cependant, ce scénario d’un retour de l’inflation n’est pas totalement écrit et personne n’en connaît aujourd’hui la fin. Comme dans un film à grand spectacle, nous assistons -impuissants – à la confrontation de deux forces extrêmement puissantes: l’hydre inflationniste contre la bête immonde de la déflation.

En effet, même si la croissance repart, notamment dans les pays émergents, des forces déflationnistes sont toujours à l’oeuvre. En Europe, aux Etats-Unis et surtout en Chine, des capacités de production gigantesques sont encore inutilisées, surtout dans l’industrie. Or qui dit surcapacités de production, dit pressions à la baisse des tarifs.

De même, la persistance d’un réservoir de main d’oeuvre bon marché énorme en Asie entretient les délocalisations et maintient sous pression les rémunérations des salariés des pays occidentaux. Aux Etats-Unis et surtout en Europe, le chômage de masse qui s’est gonflé avec la récession ne disparaîtra pas d’un coup de baguette magique sans retour de la croissance. Dans ce contexte, les revendications salariales seront vite d’être tuées dans l’oeuf.

Si l’inflation fait de plus en plus parler d’elle, c’est peut-être la déflation qui menace le plus nos économies.

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Goldman Sachs accusée d’avoir trompé des clients, les marchés ébranlés

La prestigieuse banque américaine Goldman Sachs est accusée d’avoir trompé ses clients en leur vendant des titres adossés à des prêts à risque, les fameux « subprime » à l’origine de la crise financière, un scandale qui pourrait éclabousser d’autres banques, notamment en Europe.

Le titre Goldman Sachs (-13,17 % à 160,00 dollars vers 19h25 GMT) a immédiatement dévissé à cette annonce, entraînant dans sa chute l’ensemble des valeurs financières à Wall Street. L’hémorragie s’est rapidement étendue à l’Europe, lorsque les autorités boursières américaines ont indiqué que leur enquête se poursuivait et ont éludé une question sur la possibilité que Deutsche Bank soit à son tour visée. Pour l’heure, la plainte déposée au civil par le gendarme de la Bourse (SEC) devant la justice civile ne vise que Goldman Sachs et l’un de ses vice-présidents, le Français Fabrice Tourre, pour une affaire évaluée à plus d’un milliard de dollars. La banque a rapidement promis de se défendre « vigoureusement » contre des accusations « complètement infondées ».

Dès la semaine dernière, Goldman Sachs avait pris les devants, en affirmant dans sa lettre annuelle aux actionnaires: « nous ne parions pas contre » nos clients. Mais selon la SEC, Goldman Sachs et Fabrice Tourre ont fait « des déclarations trompeuses et passé sous silence des faits essentiels sur certains produits financiers liés aux prêts subprime, au moment où le marché de l’immobilier résidentiel américain commençait à chuter » en 2007. La banque aurait notamment caché le fait qu’un de ses importants clients, le fonds spéculatif Paulson, avait poussé à la création du produit ABACUS incluant des valeurs immobilières au moment même où ce fonds prenait des positions pariant sur la chute du marché immobilier.

« Goldman, à tort, a permis à un client qui jouait contre le marché hypothécaire d’influencer lourdement quels titres immobiliers devaient être inclus dans un véhicule d’investissement, alors qu’au même moment elle disait à d’autres investisseurs que ces titres étaient choisis par un tiers indépendant et objectif », a accusé un responsable de la SEC, Robert Khuzami. La plainte de la SEC désigne Fabrice Tourre comme le principal responsable de cette manoeuvre, qui remonte à avril 2007: « Tourre a structuré la transaction, préparé les documents de commercialisation, et communiqué directement avec les investisseurs », alors même que, selon les informations de la SEC, il était au courant des positions du fonds Paulson sur le marché immobilier.

Six mois plus tard, les valeurs immobilières représentées par le produit ABACUS avaient perdu 83% de leur valeur, puis 99% dès janvier 2008. Mais entre temps, Goldman Sachs avait touché 15 millions de dollars du fonds Paulson pour l’établissement de ce véhicule d’investissement. M. Khuzami a expliqué que la SEC ne poursuivait pas le fonds Paulson (du fonds de l’investisseur John Paulson, sans lien avec l’ancien secrétaire au Trésor Henry Paulson) au motif que ce n’est pas lui qui communiquait directement avec les investisseurs. « Nous n’étions pas impliqués dans le marketing des produits Abacus », s’est également défendu le fonds Paulson. La SEC a refusé de commenter des informations de la chaîne de télévision CNBC, selon laquelle son enquête s’est appuyée sur des révélations d’un ancien responsable du fonds Paulson, Paolo Pellegrini, considéré comme un architecte des paris de cette firme d’investissement sur la chute du marché immobilier, qui ont rapporté une fortune au fonds.

Elle a en revanche averti qu’elle continuait à enquêter sur les pratiques de banques d’investissements « dans la titrisation de produits financiers complexes liés au marché immobilier américain au moment où il » a commencé à se retourner.

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Banques américaines : vers un nouveau scandale ?

Les grandes banques américaines refont parler d’elles. Selon le Wall Street Journal du jour, qui reprend les données de la Réserve Fédérale de New York, les plus grands établissements de Wall Street auraient masqué leurs niveaux de risque au cours des cinq derniers trimestres afin d’abaisser temporairement leurs dettes juste avant de rendre leurs comptes publics. Un groupe de 18 banques, qui inclut notamment Goldman Sachs, Morgan Stanley, JP Morgan Chase & Co, Bank of America ou encore Citigroup, aurait ainsi sous-évalué volontairement le niveau de dette utilisée pour financer des opérations sur titres à la fin de chacun des cinq derniers trimestres.

Les données de la Réserve Fédérale de New York mettent ainsi en évidence les pratiques utilisées par les établissements financiers en matière de financement à court terme sur le marché. Le journal explique que les banques utilisent leur trésorerie provenant des prêts pour acheter des titres, puis s’en servent comme garanties pour d’autres prêts, ce qui leur permet ainsi d’acheter… davantage de titres ! Les prêts permettent d’améliorer le pouvoir de négociation des entreprises, ou leur "effet de levier", ce qui les autorise à faire de grosses opérations de marché en minimisant leur mise initiale. Ainsi, les encours moyens des emprunts "repo" nets à la fin de chacun des cinq derniers trimestres étaient en moyenne 42% inférieurs à leur pic rencontré au cours de ces mêmes périodes.

Si le marché "repo" représente une part assez négligeable des activités des banques dans leur ensemble, ces informations mettent en évidence une nouvelle fenêtre sur les risques pris par les institutions financières sur les marchés. En effet, cette pratique de lissage de dette, bien que légale, qui consiste à abaisser le niveau de dette à chaque fin de trimestre, peut donner aux investisseurs une impression faussée de l’importance du risque pris par les entreprises financières. "Présenter un effet de levier qui parait meilleur à la fin du trimestre que sa position réelle au cours du trimestre, laisse à penser que vous prenez moins de risques", affirme ainsi au quotidien américain, William Tanona, un ancien analyste de Goldman.

En tout état de cause, la SEC chercherait désormais à se procurer des informations détaillées auprès de ces grandes sociétés financières au sujet de leur pratique sur le marché "repo", signalant bien que le gendarme de la bourse américain est à la recherche de techniques comptables qui pourraient cacher une partie des risques pris par ces banques. L’enquête de la SEC fait suite aux récentes révélations concernant Lehman, qui aurait utilisé ces manipulations pour masquer quelque 50 Mds$ de dette avant son effondrement en 2008. On a en effet récemment appris que Lehman Brothers utilisait une technique baptisée "Repo 105", consistant à jouer sur le marché des prêts avec collatéral pour maintenir ses notes de crédit.

Bien que certaines banques privées confirment des opérations de réduction temporaire de leurs emprunts en fin de trimestre, les représentants de Goldman, Morgan Stanley, JP Morgan et Citigroup ont refusé de commenter ces nouvelles données de la Fed York. "Les efforts déployés pour gérer la taille de notre bilan sont appropriés et nos politiques sont compatibles avec toutes les pratiques comptables applicables et les exigences juridiques", précise même au WSJ un porte-parole de Bank of America.

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La vitesse des transactions boursières inquiète

Les autorités de marché européennes lancent une enquête sur le «high frequency trading».

Après la polémique sur les bonus des traders, une autre controverse s’ouvre sur la perspective cette fois d’un monde… sans traders : un univers boursier où des ordinateurs de plus en plus puissants auront progressivement remplacé l’opérateur humain. Le marché des actions en sortira-t-il plus efficace et plus transparent ? Pas sûr… Le sujet, en tout cas, est pris très au sérieux par les autorités de part et d’autre de l’Atlantique.

Après la SEC (Securities and Exchange Commission) le gendarme de la Bourse américaine, le Comité des régulateurs de marchés européens (CESR) vient de lancer une consultation auprès des professionnels de marché sur les transactions à forte fréquence (high frequency trading). Cette technique consiste à passer des ordres d’achat et de vente, dans un laps de temps inférieur à la milliseconde, afin de profiter d’écarts de prix infimes entre les deux, mais qui, multipliés par un nombre considérable de transactions quotidiennes, suffit à engranger de belles marges : 21 milliards de dollars aux États-Unis, l’an dernier, selon les analystes de Tabb.

Bataille des nanosecondes

D’où l’irrésistible montée en puissance de ce type d’interventions. Selon la firme de conseil Aite Group, le high frequency trading réalise 25% des transactions sur actions en Europe, et devrait atteindre 30% d’ici à la fin de l’année, 45% en 2012. Cette pratique a explosé avec l’introduction en 2007 de la directive sur les marchés d’instruments financiers (MIF) en Europe, qui a mis fin au monopole des Bourses traditionnelles. De CHI-X à Turquoise, des plates-formes «alternatives» ont surgi, multipliant le choix des investisseurs, mais offrant également la possibilité à des ordinateurs savamment programmés de traquer des différentiels de prix ou des séquences d’ordres. Pas étonnant ainsi si les autorités boursières européennes enquêtent sur cette activité, au moment où l’Europe planche de façon plus générale sur une révision de sa directive.

Les banques d’investissements et fonds spéculatifs qui ont monté ces départements de high frequency trading assurent être des forces positives sur les marchés auxquels ils fournissent de la liquidité. Les investisseurs institutionnels, en revanche, se plaignent que ces maisons parviennent à deviner leurs interventions sur les marchés et à grappiller des marges à leurs dépens. Algorithmes malins ou espions ? Les gérants dénoncent ainsi une multiplication des ordres annulés qui permettraient, selon eux, de tester leur appétit.

Au final, cette montée en puissance du trading à grande vitesse se traduit par une course technologique effrénée à laquelle participent les firmes de microprocesseurs et les plates-formes d’échange. Avec des conséquences inattendues à l’heure de la dématérialisation. Quand le millième de seconde fait la différence, la distance redevient une clé de performance ! La nécessité de se rapprocher physiquement de ses clients hyperactifs, explique, en partie, pourquoi Nyse Euronext a déménagé de Paris aux abords de Londres, l’essentiel de ses équipes informatiques.

Car plus les serveurs sont près, moins les délais de latence sont élevés, ce temps d’attente qui est la hantise des automates. «Il y a déjà des débats sur les latences entre Londres intra-muros et sa banlieue», relate un proche de l’entreprise de marché transatlantique. Aux régulateurs de répondre si cette bataille des nanosecondes bénéficie ou nuit aux marchés.

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